064 Le retour de l’agrément (3)

Elles sont arrivées, toutes fraiches, chez nous.

On s’est presque fait la bise tellement c’est différent d’accueillir chez soi, au lieu d’un petit bureau étriqué.

Bon, OK, on ne les a pas accueillies comme n’importe qui.

On a récuré, rangé, épuré.

On a mis en scène notre vie parfaite et dynamique.

On a même repeint la porte d’entrée écaillée, et Tichéri a nettoyé les plinthes de la maison, c’est dire!

J’aurais pu brosser les dents des chats et mettre du vernis sur les ongles des poules si j’en avais eu le temps.

On avait même pensé au goûter, le fils de Tichéri devant faire partie de la fête de l’entretien, en fin de journée, juste au retour du collège (et là, c’est un estomac sur patte).

Quand j’ai évoqué l’idée de faire un gâteau maison (sans gluten et bio, bien sûr), Tichéri a fait les gros yeux. Ok, j’ai acheté des Spéculos.

On a été un peu déçus parce qu’elles n’ont pas visité la maison. Elles nous ont relu le descriptif de l’agrément numéro 1, et bien sûr, même maison, rien n’a changé.

  • ben si, on a repeint la porte d’entrée.
  • ben si, on a 1M2 de couches premier âge et une armoire pleine à craquer de petits habits et une poussette et une table à langer et ses tiroirs gavés de biberons et un lit à barreaux camouflé dans le placard et …
  • ben si, on a un poulailler super chouette…

Bon, finalement, on a acquiescé, oui, oui, tout est pareil, on n’a pas rajouté, ni enlevé de pièces. On n’a rien dit de plus.

Mais quand même.

Même le fils de Tichéri avait rangé sa chambre…

J’imagine que le salon rangé et coloré (avec les baies vitrées nickel, faites et refaites, purée de pluie de crotte!!) leur ont donné un aperçu du reste de la maison.

On pensait qu’on allait établir notre notice.

Rappel pour les novices, c’est la liste de voeux, de courses, pour ce magasin virtuel, très improbable, mais autant se lâcher. Pas trop.

On y a passé des nuits à se demander…

Quelle limite d’âge? Et finalement, un ou « deux si fratrie »? Et les pathologies, on détaille?

Dans la dernière notice, c’était peu explicite. La fourchette d’âge, un ou deux si fratrie, légère pathologie n’entrainant pas d’incapacité ou quelque chose du genre. Je crois qu’il y a des départements où tu listes vraiment oui/non pour telle pathologie.

On pourra encore y réfléchir parce que ça n’a pas du tout été abordé.

On est revenu sur Madame (moi, donc) et on est entrées (elles et moi, Monsieur doit se taire) dans du micro détail de ma vie d’enfant, d’ado, d’adulte.

-Heu, en fait, vous considérez qu’adulte, c’est à partir de quel âge?

Donc, j’ai redit ma vie.

C’est épuisant même si j’en tire un bilan très positif de tout ce mélange, ma famille décomposée-recomposée, les ramifications nombreuses. Bonheur, variété, échanges.

Puis ce fût au tour de Monsieur de se re-re-re-raconter.

Tout ça a bien pris 2 bonnes heures.

Après, il a fallu donner les points positifs et négatifs de l’autre. Dur aussi. Je ne vais pas dire qu’il bouffe ses crottes de nez (et puis c’est pas vrai) et il ne va pas dire que je pète au lit (avec des paillettes).

On n’est pas aux Z’amours…

Puis le fils de Tichéri est arrivé.

Prostré, intimidé. Pas de sourire.

On aurait dit un enfant battu.

Beau spectacle alors qu’on venait de leur parler de notre éducation douce et bienveillante mais avec un beau cadre clair et accepté.

On va mettre ça sur le compte de l’ado que ça gave de parler aux adultes (même si ce n’est pas son cas).

Les travailleuses sociales lui ont bien demandé ce qu’il en pensait de devenir frère d’un petit bout, d’un truc qui allait toucher à ses jeux, prendre de la place dans notre vie.

Il a été au top, et que oui, oui, il était d’accord, et que même la couleur, il s’en fichait.

Et il nous a fait le plaisir de ne pas redire ce qu’il nous avait dit la veille :

– Ha ouais, un enfant de 12 ans comme ça je jouerai avec lui, pour faire comme un copain.

Ce à quoi on avait répondu que des copains il en avait plein, et que des bébés et des tout-petits, ben on n’en avait pas. Hein, non, mais…

On a noté, au final, après leur départ, qu’on les avait trouvées beaucoup plus cool que la dernière fois, et que des mots comme « tout petit » étaient revenus plusieurs fois dans leurs bouches. Elles ont bien évidemment évoqué l’idée que l’adoption pourrait ne pas aboutir, devant le fils de Tichéri, c’était important.

C’était aussi assez fastoche, parce que, justement, on n’a pas parlé sujet-qui-fâche ou sujet-qui-peine : la notice.

La suite dans un mois, cette fois, pour évoquer la notice.

Depuis, le fils de Tichéri nous parle d’adoption, il est à fond dans le projet même s’il essaie d’y mettre des « si ». On n’en parlait que très peu devant lui ces derniers temps (ben en fait depuis l’échec de la Polynésie).

Il est rentré tout à l’heure, super content parce que la jeune mamie de son pote est nounou.

-Il pourra aller là-bas notre enfant, ce serait cool. Enfin, si y’en a un…

Ce à quoi j’ai répondu que oui, mais qu’il y avait bien des conditions : qu’il y ait un enfant, en effet, suffisamment petit pour qu’il aille chez la nounou et que la nounou ait de la place. Beaucoup de conditions à remplir, mais que oui, c’était un chouette projet.

Après, il m’a raconté qu’ils avaient regardé un film sur l’adoption avec ce même copain (il est allé dormir chez lui hier soir), et que les parents qui adoptaient trouvaient leur enfant très très moche, mais que c’était un film drôle. Et puis qui se terminait bien.

Moi, ça me fait de la peine, parce que je vois bien que ça a relancé la même chose que la dernière fois.

Les conditions, les Si, il ne les entend pas vraiment.

063 Le retour de l’agrément (2)

Je ne vous ai toujours pas raconté l’épisode du retour de l’agrément.

C’est-à-dire que nous en avions rêvé de cet entretien.

Enfin, nous allions pouvoir reprendre la peau des VRP de l’adoption et nous vendre auprès du Conseil départemental.

On n’a qu’une trouille, c’est qu’on nous oublie et les occasions sont rares de se rappeler à leur bons souvenirs.

Il faut absolument qu’on pense à nous à chaque enfant à placer, que notre dossier poussiéreux ressorte pour maximiser les chances d’être piochés au hasard choisis par au moins 2 des 8 membres qui ferment les yeux et font plouf-plouf après intense réflexion pseudo-psychanalytique.

On se faisait donc une petite fête de retrouver la même travailleuse sociale qui nous avait annoncé il y a un an que notre dossier avait toutes ses chances et que nous étions sur le haut de la pile.

Il y a un an…

Nous nous sommes retrouvés dans ces locaux exigus, entassés, les deux travailleuses sociales et nous deux.

Bonjour, bonjour, ça va, ouais, un peu tendus, mais oui, on a la pêche, on pète la forme, je ne dors plus mais c’est impec. Le matin-même, une collègue au boulot m’avait demandé si ça allait, que j’avais un air fatigué, rien de tel pour me mettre en confiance.

On a commencé, comme la veille chez nous, par relire notre dossier.

J’ai commencé à faire une overdose, marre de m’entendre racontée, analysée, décortiquée. Mes parents, ma mère, la séparation, ma belle-mère, mon frère, mon demi-frère, blablabla…

Et allez, on passe à Tichéri, et re, sa mère, son père, son frère, la compagne de son frère, blablabla….

De la naissance, quasiment à décrire la pièce où nous sommes nés et la couleur de notre premier caca.

Quels enfants nous étions, quels parents nous avions, quels parents nous pensons être (si jamais…).

J’ai commencé à bouillir.

Je suis au bout de mes capacités à entendre toutes ces conneries.

Marre d’être passée au crible alors que la plupart de mes parents d’élèves sont issus de familles défaillantes, ou pas fut-fut’, ou le sont elles-mêmes, qu’elles s’occupent très mal de leur progéniture et qu’on leur fout la paix. Qu’elles ne se demandent jamais si l’attachement s’est fait comme il faut ou quel genre de parents ils sont.

Quelles valeurs voulez-vous transmettre à votre enfant?

  • L’égoïsme, le racisme, la flemme comme art de vivre, le despotisme, le nazisme et… l’amour de l’anthropophagie?

J’ai respiré un bon coup…

  • La bienveillance, l’ouverture d’esprit… blablabla…

Et puis on a commencé à sentir que le vent tournait concernant l’idée (saugrenue) de nous confier un bébé.

Qu’il fallait être raccord vu notre âge avancé.

Qu’il fallait ouvrir nos chakras et notre esprit.

Et comme nous nous réjouissions de la venue d’un « grand » de 7 ans, chez nos amis, j’ai commencé à expliquer, que, pour moi, je trouvais ça impensable, que ça ne le faisait pas, je ne m’imaginais pas accueillir un grand comme mes élèves, et à la question pressante « mais pourquoi? », je me suis mise à pleurer. J’étais désolée mais c’était en dehors de mes capacités, que j’avais peur que le lien ne se fasse jamais, aussi bien de mon côté que de celui de l’enfant, et que ça me faisait doublement pleurer d’être aussi étroite d’esprit.

Purée, bon, ok, pendant tout ce temps là, ce qui me faisait sortir les larmes c’était bien plus que ça.

Déjà, je revoyais le film « Pupille » quand on parle de ce couple qui est « cramé » à qui on ne proposera plus d’enfant, ni même d’agrément. Ils sont à bout et « ont tellement d’amour à donner ».

Ben, moi, c’est pareil mais faut pas le dire ni le montrer.

Et je pleurais aussi ce que je sentais, à savoir qu’on ne nous proposerait jamais de petit, de bébé, et tous nos espoirs étaient réduits à néant, pendant que chez nous, poussette, couches et lit à barreaux nous attendaient. La torture.

A la fin, on m’a demandé de réfléchir (probablement de faire une thèse) à la différence entre l’accueil d’un enfant de 2 ans et de 5 ans.

Mais qu’est-ce que j’en sais, moi?

On est rentrés dépités.

Très tristes et en colère.

J’ai le sentiment que je ne vais pas pouvoir tenir, me tenir, aux rendez-vous.

Soit je vais gueuler, soit je vais pleurer.

Je ne peux plus jouer à « on cherche une famille pour un enfant et non l’inverse ».

Merde.

Merrrrdeuuuuux, ras-le-bol.

On est là! On est prêts!

Le prochain rendez-vous est chez nous.

On a commencé à imaginer ce qu’on allait dire, et montrer.

Que cacher? Que mettre en avant. Aussi bien visuellement que dans nos propos?

Il faut jouer le jeu, se vendre.

J’ai bien envie de revenir sur le sentiment que nous avons eu au rendez-vous concernant la fourchette d’âge.

On voit bien qu’elles veulent qu’on pousse à plus grand que 4 ans, et on le fera.

D’un pas de fourmi.

Mais on va leur rappeler pourquoi dans notre tête il y avait encore un bébé.

Il y a un an, c’était sûr pour nous, de Tahiti ou d’ici, la cigogne nous livrait un bébé.

Et là, c’est comme si en sortant du RV, on avait pris dix ans.

Tout se chamboule dans notre tête, tout est triste et pessimiste.

Finalement, les VRP de l’adoption ont ce sale sentiment d’avoir foiré leur exam’, merdé l’entretien d’embauche.

062 Le retour de l’agrément (1)

Donc voilà. Notre agrément arrive bientôt en date de péremption, avec son obsolescence programmée de 5 ans.

Ca en fiche un coup dans la tronche, parce que, une fois de plus, bouhlala, le temps passe à une vitesse et on en est toujours au même point.

On s’était presque fait une joie de ce premier rendez-vous avec nos travailleuses sociales.

On s’était dit que, chouette, c’était un moyen de les voir, de leur faire « coucou c’est nous les sympathiques mignons dynamiques », histoire de nous rappeler à leurs bons souvenirs et qu’elles nous proposent pour les Conseils de Famille à venir… Notre agrément étant encore valable quelques mois, le maintenant, le ici sont à mettre dans la balance pour les espoirs.

Chaque coup de téléphone les jeudis nous fait tressaillir et chaque jeudi matin nous emplit d’espoir.

Bref, (c’est le mot fétiche du moment), on allait enfin passer un peu dans la lumière, remonter dans les mémoires et on trouvait que c’était plutôt bien, après tant d’anonymat.

La veille, nous avons relu notre agrément et toutes les petites pièces en plus. Bien relu notre notice (la liste des courses, la liste au Père Noël, le sésame qui lui seul peut ouvrir les portes de l’adoption).

Il fallait qu’on soit raccord avec ce qu’on avait déjà dit parce qu’il nous semblait qu’on avait un peu grugé à l’époque, pour rallonger nos années de vie communes et éloigner la date de fin de PMA. A vrai dire, nous étions encore à fond dans le processus PMA lorsque nous avons commencé nos démarches d’agrément, mais ça, il ne fallait surtout pas le dire.

Vaste mascarade.

J’ai relu avec étonnement des choses que je ne pensais pas avoir dites dès les premiers rendez-vous mais seulement aux deux ans de l’agrément. La mémoire joue des tours, on réécrit l’histoire en permanence. C’est curieux. On parlait déjà de la Polynésie et sa pratique différente de l’adoption, alors que j’ai le sentiment de l’avoir découvert au moment de l’actualisation de l’agrément, après deux ans d’infortune, lorsque le Conseil Départemental nous en avait parlé.

Nous avons relu les gentilles choses que l’on dit de nous, et tout ce que nous disons nous mêmes de nous. Une famille en devenir, aimante, bienveillante, ouverte, cultivée, tolérante…

La conclusion, à la lecture de ce pavé nous concernant, c’est que ces gens sont formidables et qu’on se dit qu’un enfant serait super bien avec eux.

Et les gens, c’est nous.

J’ai un peu chouiné, parce que, merde, mais quel gâchis.

On s’est fait une petite mise au point, qu’est-ce qu’on dit, qu’est-ce qu’on ne dit pas, qu’est-ce qu’on veut…

Ma mère est ouverte d’esprit, complètement cinglée, très disponible car elle ne fout rien de ses journées à part déprimer.

Le père de Tichéri pète la forme depuis son lit d’hôpital et je le fais manger à la petite cuillère pour que je m’entraîne à nourrir un tout petit…

Je suis maîtresse d’école, j’ai donc tout un tas de vacances pour préparer mes cours et reposer mes nerfs et mes cordes vocales. D’ailleurs je ne travaille quasiment jamais puisque je termine, enfin, mes élèves terminent, les cours à 16h30 et seulement sur 4 jours.

On a repassé toute notre vie au crible, appliquant le filtre normé de la société.

On était un peu gênés parce que dans l’agrément, on y dit qu’on ne renouvellera pas notre demande pour un deuxième agrément. L’âge avançant, c’était un moyen de mettre terme à notre doux rêve. Un parcours avec un clap de fin annoncé au plus tard en décembre prochain. Evidemment, on pensait bien « utiliser » notre agrément entre temps.

Il faut s’attendre à répondre à ça.

D’ailleurs, pourquoi est-ce qu’on continue?

Déjà pour ne pas griller les derniers mois de ce premier agrément.

Mais ça, on ne peut pas le dire.

Se donner quelques mois supplémentaires au cas où, ne pas passer à côté d’une proposition toute prochaine.

Mais ça non plus on ne peut pas l’expliquer comme ça.

Ca voudrait dire qu’on n’est plus dedans, qu’on renonce.

C’est compliqué de mesurer nos propos. De réfléchir à chaque mot.

On n’a pas trop non plus à mentir, on ne passe pas nos soirées à être bourrés dans les partouzes ou en garde-à-vue pour usage de stupéfiants, d’agression sur personnes âgées ou torture sur animaux.

Voilà.

On n’a pas trop dormi.

Le matin, chacun de nous est allé au travail, la tête pleine d’interrogations et de convictions.

Nous avions rendez-vous l’après-midi.

On est tellement cons qu’on s’est même laissés à espérer que le matin même notre dossier serait passé en Conseil de Famille et qu’on allait nous annoncer la bonne nouvelle en live au lieu du coup de téléphone tant attendu des jeudis soirs.

061 Désolée

Désolée, c’est violent, mais c’est parti en moins de deux à la poubelle.

C’est le week-end où mon beau-fils retourne passer deux jours chez sa mère.

Et comme tous les ans, elle confie les restes.

Dans son entreprise, on offre des fleurs pour la fête des mères.

« On en a plein », genre, on savait pas quoi en faire, alors bon, « c’est pour Déesse ».

Désolée, Ti Chéri, ces trois affreuses roses m’ont ravagé le coeur, les tripes, l’esprit.

Je ne suis pas la poubelle.

Et je n’ai aucune raison de recevoir des roses.

En plus, j’ai horreur des fleurs coupées et encore plus des roses.

Alors, bien sûr, je n’allais pas te les jeter à la figure, tu n’y étais pour rien.

Ces roses ont eu une vie bien éphémère dans notre maison, quelques secondes, pas même pris le temps de trier, compost, plastique, il y avait urgence.

Et encore là, j’ai cette rage qui me ronge.

Merde.

Ras le bol.

Colère.

Tristesse.

Une fête des mères de plus.

Celle qui me replonge un an en arrière, où notre rêve devenait réalité, petite fille polynésienne allait naître et nous être confiée. Mensonge. Illusion si parfaite.

Celle qui me dit que la prochaine sera particulière.

Soit, ce sera enfin ma fête, la reine du jour, la première d’une longue série.

Soit elle sera amèrement douloureuse parce que nous aurons renoncé à être parents.

La dead-line approche, les années passent.

Je n’envisage pas encore, à l’heure actuelle, la journée intermédiaire, la non-réaction, l’indifférence. Je n’en suis pas encore là.

J’aimerais tant me placer en mère et pas juste en fille et petite-fille.

J’aimerais grandir, passer de l’autre côté de la barrière de la vie ordinaire.

060 Les VRP de l’adoption (2)

Nous sommes adhérents d’une association d’adoptants ou postulants, depuis le tout début de notre agrément.

Sauf qu’on ne mettait pas trop les pieds aux réunions, bien échaudés par les premières, qui ressemblaient plus à une réunion de dépressifs abstinents qu’un club de loisir.

On nous dit qu’il faut s’investir, se projeter, se renseigner…

OK, on a donc décidé d’y retourner. (voir post 51 VRP de l’adoption, désormais non protégé, allez, soyons fous).

L’autre jour, il y avait une petite sauterie, un moment convivial pour partager quelques denrées. Ce n’était donc pas une après-midi à thème, pas une réunion, on s’est dit, on y va, on va papoter, échanger avec des gens qui ont adopté et d’autres qui gèrent l’attente. Histoire de nous remonter le moral en écoutant de belles histoires…

On a bien traîné pour ne pas arriver les premiers, histoire de trouver une belle fiesta en cours, parce qu’on est un peu timides (enfin, ça dépend des jours), et qu’on n’avait pas envie d’être dans une salle vide…

On s’est un peu loupés sur ce coup, on est arrivés en pleine réunion des adoptants-postulants non anonymes, grand cercle de chaises, zut, crotte, il a fallu prendre la parole et bredouiller que, non, rien, pas dans une liste d’attente dans un pays, voili voilou, les loosers…

Fort heureusement, la partie pique nique est vite arrivée, histoire de nous décoincer et nous socialiser en plus petit groupe.

Ca nous a permis de rencontrer deux familles (un couple et une femme célibataire) qui avait adopté très récemment un bébé pupille.

Je me suis délectée de leurs récits, l’appel, les jours qui suivent, le petit carnet sur lequel tout est noté depuis la naissance…

Un petit placé en famille d’accueil après la maternité, l’autre en pouponnière (je ne savais même pas qu’on avait ça dans notre département).

On a bien écouté et enregistré les conseils : il faut être actifs, pas être cramés.

Oui, d’accord, mais autant en PMA, pour le Faaamu, on voyait bien ce que ça pouvait être, être actif, autant là, effectivement, on y voit une grande passivité. Attendre l’appel.

Et puis ça a été l’heure de faire un bilan, une assemblée générale.

Les projets de l’asso sont multiples et fréquents, les gens très investis mais pas assez nombreux.

Alors, telle la VRP de l’adoption (oui, oui, être actif, se vendre), j’ai levé la main, enfin, plus exactement, j’ai levé nos mains pour dire « oui, oui, on va vous aider!! ».

Chéri n’a pas eu le choix, c’est Madame qui décide.

Du coup, on fait partie du Conseil d’Administration, on fait des tas de réunions pour préparer des projets, on rend tous les services qu’on peut.

Actifs qu’on vous dit.

Ca n’est pas désagréable, d’ailleurs, ça nous met les pieds dedans, même si on voit bien qu’on n’est pas (encore) du bon côté de la barrière.

Après, j’avoue qu’il y a des lubies, des modes, et qu’on tourne toujours un peu sur les mêmes rengaines, c’est parfois un peu redondant.

Alors, on en bouffe, du « attachement », du « sécure », du « Johanne Lemieux », de la « parentalité adoptive », réunions, vidéos, livres, articles…on se demande même si on ne va pas finir par avoir l’accent canadien.

J’avoue que ça nous a pas mal reboostés.

(Et puis si on donnait bonne impression, peut-être que la voix du membre de l’asso qui participe au conseil de famille sera pour nous, hum??)

On s’est dit qu’on arrivait tout près du but, qu’on allait enfin être parents.

Depuis le temps.

Et puis on a eu notre premier entretien avec les travailleuses sociales (je trouve ça très moche comme appellation, je préfère « assistante sociale ») pour notre deuxième agrément.

Et on est redescendus de notre nuage de rêve…

059 L’étonnante éducation nationale

Chez les profs, on a un I-Prof, un espace numérique qui recense un peu tout sur nous, congés, notations, inspections, vie de famille… Et bien, ils ont enfin compris que j’étais une belle-mère, c’est rigolo, sauf que, comme les impôts, ils n’ont pas la case « belle-mère », alors, ici aussi, depuis plusieurs jours, le cruel « vous n’avez pas d’enfant » qui me sautait à la tronche à chaque connexion, a été remplacé par « vous avez un enfant », suivi du nom et du prénom de mon beau-fils.

Je ne sais même plus si je dois en rire ou en pleurer…

058 Faut pas être cardiaque

Quand le téléphone sonne alors que tu fais du soutien en petit groupe avec tes élèves, mais que tu te rends compte que c’est le Conseil Départemental… alors que tu décroches et que tu entends la douce voix de ta travailleuse sociale préférée (du moment car ça change souvent) et que comme on est jeudi, tu te dis que c’est peut-être « l’Appel » qui va changer le reste de ta vie. (parce que les témoignages d’adoptions de pupilles sont unanimes, on appelle un jeudi).

Mais que non, que c’est pour prendre rendez-vous pour débuter tout le tralala du deuxième agrément, parce que le temps passe et que ton premier agrément va être bientôt caduque…

057 J’ai tant de choses à dire

J’avais perdu mes identifiants, impossible de me connecter pour causer un peu…

Bon, rien de transcendant à écrire mais, parfois, « on » me réclame, « on » s’inquiète de mon silence, je reçois de petits mails privés.

J’ai des listes de posts à écrire, je vais faire chauffer la machine, maintenant que je suis de retour après le mini bug contre temps.

Je vais vider mon sac, peut-être que son contenu intéressera quelqu’une (quelqu’un?), en tout cas, il sera certainement moins lourd à porter. J’ai tant de choses à vous dire que je ne sais même pas par quel bout commencer!

056 Il y a un an

Il y a un an, déjà…

Nous étions sûrs que nous allions bientôt accueillir notre fille.

Parfois à 95%, parfois à 10 000 %.

Tellement sûr que nous en avions parlé à nos familles.

Nous avions lancé les achats (le 1er avril, quelle blague!).

Nous avions fait un prêt bancaire, demandé des congés sans solde, acheté des billets d’avion…

Tout ça me revient en pleine face, aujourd’hui.

Dans le village de mon oncle, c’est jour de brocante annuelle.

A cette même brocante, mon oncle, trop content pour nous, avait absolument voulu nous acheter une poussette d’occasion pour arpenter les campagnes…

Déjà un an.

Encore un an.

Inutile de préciser que nous n’irons pas à cette brocante, cette année.

055 Chérie, on en demande un?

Annonce à la radio:

« 5 orphelins de moins de 5 ans viennent d’être rapatriés de Syrie. »

  • Génial, ça en fait des Pupilles!
  • Heu…
  • Ben oui, quand même! On pourrait se porter candidat, personne ne doit vouloir d’enfants de djihadistes!
  • Tu crois qu’ils arrivent à oublier ce qu’on leur a mis dans la tête?
  • On planquera les couteaux, au début…et on achètera un stock de nounours!

Trêve de plaisanterie, assez d’humour noir.

C’est que ça détend l’atmosphère, parfois, surtout quand on frôle les limites du politiquement correct (c’est toujours entre nous, jamais devant d’autres oreilles, sauf ici, aujourd’hui!).

De toutes façons, ils ne seront pas proposés à l’adoption pour n’importe qui et encore moins dans notre département. Ces enfants ont de la famille ici qui les réclame depuis longtemps. Ils passeront d’abord un certain temps en famille d’accueil. Et si tout va bien, les grands-parents pourront s’en occuper.

Bon, ben chéri, encore une piste qui ne mène pas loin!